[L’OEIL DU KONG] Focus sur REGARDE LES HOMMES TOMBER + Mixtape

[L’OEIL DU KONG] Focus sur REGARDE LES HOMMES TOMBER + Mixtape
15 Fév. 2017
REGARDE LES HOMMES TOMBER étonne par la fulgurance et l’aisance avec laquelle il parvient à conquérir les scènes de France et d’Europe. Le mix épique qu’ils opèrent entre sludge et black/death metal, fait mouche et semble parler à deux communautés qui habituellement se mêlent assez peu : celle du metal extrême « traditionnel » et celle du post-metal. Derrière ce succès, un concept bien délimité, une vision unique et des shows qui installent une ambiance ambivalente, entre recueillement et headbang furibard.

Un an après la sortie de leur deuxième album « Exile » (Les Acteurs De L’Ombre Productions) on a posé quelques questions à Jean-Jérôme Souladié, l’un des deux guitaristes et compositeur principal de Regarde Les Hommes Tomber, histoire de nous faire un petit point sur cette année 2016 qui avance vite vers son crépuscule, avec la petite mixtape qui va bien.


On est un peu plus d’un an après la sortie de votre deuxième album « Exile » maintenant, comment a évolué Regarde Les Hommes Tomber depuis ?

Salut ! Et bien écoute, les choses évoluent bien. Nous poursuivons la promotion de l’album grâce à de nombreux concerts à travers la France mais aussi l’Europe maintenant. La principale nouveauté se situe à ce niveau. Nous dépassons maintenant le simple cadre de la France pour jouer à l’étranger. C’était une chose vraiment importante pour nous. Ces nombreux concerts nous poussent aussi à nous questionner constamment sur la qualité de nos shows. C’est pour cette raison, par exemple, que nous intégrons actuellement à l’équipe technique un ingé light car nous jouons sur des scènes de plus en plus grandes et notre système lumière minimaliste du début n’est plus vraiment adapté. Maintenant, nous voulons vraiment présenter le meilleur show possible, quelque chose de très pro.

L’ambiance est très bonne actuellement, ça crée un bonne émulation entre nous et nous motive pour poursuivre avec un futur troisième LP.

Comment le groupe est-il accueilli à l’étranger ?

Pour être honnête, nous sommes encore peu connus hors de France. Donc plutôt que de faire des têtes d’affiches, nous jouons sur des festivals, comme par exemple à Dour en Belgique, au Devilstone en Lituanie au encore au Deaf Row Fest en Allemagne. Le gens ne viennent pas spécialement pour nous à la base, mais ça nous permet de jouer devant de belles audiences et des salles bien remplies. Généralement, c’est l’occasion pour pas mal de gens de nous découvrir, et beaucoup viennent nous voir après le show ! Ils ont un peu de mal à prononcer le nom du groupe mais nous donnent des avis très positifs sur notre musique et notre prestation. C’est vraiment très motivant pour nous et le bouche à oreille entre les orgas européennes se fait bien. On travaille encore pas mal sur le booking européen pour 2017 et on espère annoncer de belle choses à venir prochainement.

Je sais que le show évolue visuellement et que vous réfléchissez pas mal à cet aspect des choses depuis le début, qu’essayez-vous d’installer comme ambiance les soirs de concert ?

Oui, comme je te le disais, nous intégrons actuellement un ingé light dans l’équipe. Auparavant Thomas gérait tout directement, sur scène, en appuyant sur des switches qui activaient des néons, des stroboscopes, etc… Mais très vite s’est posé le problème des grandes scènes… Ca marche très bien dans des petits clubs, mais quand tu commences à jouer dans des salles avec une capacité de 300 – 400 personnes, avec une scène haute, ou encore en festival, ce système atteint très vite ses limites. De même, ça devenait de plus en plus difficile pour Thomas de tout gérer car nous voulions intégrer de nouveau éléments pour varier les ambiances, mais aussi pour donner un aspect encore plus mystique à nos shows. Donc, la seule solution viable qui s’est logiquement imposée à nous, c’était de travailler avec un ingé light. Nous avons commencé aussi à intégrer des éléments un peu plus « chamaniques », genre des bougies, de l’encens etc. pour l’immersion du public dans notre musique, comme pour nous-mêmes sur scène. C’est vraiment un gros plus. Des qu’on rentre sur scène, on rentre plus facilement dans l’ambiance et on constate que pour le public, c’est la même chose !
 

Vos textes sont exclusivement inspirés de la Bible. Est-ce une composante essentielle de l’identité de Regarde Les Hommes Tomber ou vous donnez-vous la possibilité de varier de registre dans le futur ? Est-ce une manière de contrer/d’ouvrir le satanisme de rigueur d’une scène black metal dont vous êtes proches ?

Dès la création du groupe, nous avons rapidement élaboré le concept de ce que serait Regarde Les Hommes Tomber. Nous voulions proposer un ensemble cohérent où tout à un sens : le nom du groupe, la musique et les visuels. Tout devait renvoyer à cette ambiance sombre, désabusée, mélancolique, mais aussi violente. Les lyrics font donc partie intégrante du concept. Nous avons souhaité nous appuyer sur des récits bibliques réinterprétés pour illustrer la chute des hommes, leurs contradictions, leur échecs, leur pulsions auto-destructrices. Et nous continuerons toujours dans cette voie dans nos futurs albums.

Bien qu’inspirée du Black Metal, notre musique n’a rien de satanique. Elle est là pour illustrer les faiblesses de l’humanité. Du coup, tu ne retrouveras jamais chez nous des croix renversées, des pentacles et toutes sortes de trucs du genre, qui sont devenus des clichés… A tel point, qu’aujourd’hui, tu les retrouves sur des fringues H&M et tout… Oui, nous voulions vraiment prendre nos distances avec ça…

En vous observant sur et hors de scène, on voit vite que vous êtes cinq mecs (six en comptant Nerik l’ingé son) complètement différents avec des influences différentes. Qu’est ce qui vous réunit ? Quels groupes font l’unanimité chez vous ?

Déjà de base, nous sommes tous des grands passionnés de musique. Nous sommes quasiment une encyclopédie à nous cinq ! On essaie d’être des mecs curieux, ouverts sur tout ce qui se fait aujourd’hui. On va être constamment à la recherche de nouveaux groupes, de nouveaux sons qui font évoluer la scène et la musique en général. On se partage nos découvertes, on en débat, on prend le temps d’écouter, c’est vraiment cool ! C’est très important pour nous d’être au fait de tout ce qui se passe et de pouvoir évoluer avec notre temps ; ne pas rester sur nos acquis. Nous sommes des amoureux de la musique, et c’est ce qui nous réunit en premier lieu. Bien sûr, nos style de prédilection vont être le Black Metal, le Sludge, le Post Hardcore, le Death. Mais nous avons aussi notre petit jardin secret ! Pour ma part, j’écoute pas mal de Post-Rock ou des trucs un peu Emo qui, à l’oreille de Romain, le batteur, sont insupportables ! haha !

Ce qui est surprenant, c’est que j’avais quasiment composé le premier LP tout seul. Puis un jour, les gars sont passés chez moi et je leur ai fait écouter pour avoir un avis extérieur au mien, sans avoir l’idée de monter un groupe. Et direct, ça leur a plu ! Dans la foulée, ils m’ont dit « vas-y on monte un groupe, ça va défoncer ! ».. J’ai dit « euh…ok.. ! » Et Regarde Les Tomber était né de cet emballement général qui nous a de suite rassemblé ! L’ambiance n’a pas toujours était parfaite, mais on a appris à mieux se connaitre, à se parler et aujourd’hui tout se passe très bien.

La seule et unique reprise que vous avez joué est un titre de Dissection, et la correspondance avec votre musique est super naturelle. Qu’est-ce qui vous a poussé à la reprendre ?

Tu me demandais tout à l’heure quel groupe faisait l’unanimité chez nous. Et bien justement, Dissection est l’un d’eux ! On est vraiment de grands fans ! Quand Gérald (Les Acteurs De L’Ombre Productions) nous a proposé de jouer aux Feux de Beltane, nous nous sommes dit que ce serait vraiment cool de marquer le coup. On s’est dit qu’on allait faire une reprise et Dissection s’est vite imposé à nous ! En plus, ça marquait les 10 ans de la mort de Jon Nödtveidt. On a vraiment beaucoup travaillé pour proposer la meilleure reprise possible. Quand tu reprends du Dissection devant un public essentiellement composé de « Black Metalleux », faut vraiment pas te planter ! Au délà de ça, la musique de Dissection est vraiment une grande source d’inspiration pour nous. On reste des grands fans de Black, et c’est ce qui peut expliquer l’orientation beaucoup plus prononcée vers ce style sur notre deuxième LP.
 

Parlez-nous des Feux de Beltane, cet évènement hors-normes à l’occasion duquel vous avez repris ce titre.

C’est un projet à l’initiative de Gus et de Vincent, deux brasseurs indépendants. Ce dernier vit dans une ferme en Bretagne. Passionnés de rites et de culture Celtes, ils ont voulu créer un événement qui marque le passage du printemps à l’été. Ce passage est fêté début Mai, le 1er généralement, lors d’une des quatre grandes fêtes religieuses celtes. C’est un moment de rupture dans l’année. Pour l’occasion, on y allume un grand feu purificateur ! Gérald, le boss de notre label, « Les Acteurs de L’ombre », est un de leurs proches. C’est pour cette raison que nous avons été conviés à donner un concert, au côté de Phazm, The Great Old Ones, Maieutiste et Corbeaux. Pour l’occasion, Gus et Vincent ont construit eux-même, avec l’aide de l’asso Tomahawk, une grande scène avec des matériaux en bois ; une sorte de grande grange insiprée de l’architecture celte !

Le cadre était vraiment immersif et tout était fait pour nous renvoyer aux rites celtes, à cette ambiance hors du temps ! Le concert a d’ailleurs été entièrement filmé ce soir là. Les plus curieux d’entre vous trouveront facilement le show sur Youtube. L’événement a très bien fonctionné et les avis ont été très positifs, à tel point qu’il me semble que Gus, Vincent et Gérald souhaitent renouveler l’aventure pour Mai 2016.

On vous voit souvent jouer avec d’autres groupes affiliés « post-black metal », Déluge, Céleste, Oathbreaker… c’est quelque chose qui vous dérange ou vous avez à coeur de porter cette vision d’un BM plus ouvert collectivement ?

Nous jouons avec ces groupes car nous avons été catégorisés avec eux. Ce sont de très bons groupes et c’est plutôt flatteur pour nous d’être cité à leur côté. Mais, à titre de comparaison, notre musique reste quand même plus sombre et orientée black. Mais attention, nous n’avons pas la prétention de nous considérer comme un groupe de « True Black ».. Non, nous sommes loin de ça. Pour autant, quand nous jouons sur des affiches Métal voir Black Métal, nous passons très bien aussi. C’est d’ailleurs ce qui fait notre force. Nous pouvons jouer sur des affiches Black, Metal, voir même Post-Rock… La richesse de notre musique et de nos influences le permet ! C’est plutôt gratifiant d’avoir des retours positifs de gens issus de scènes différentes.

Vous faites partie des happy few qui charrient un petit nombre fidèle de haters et autres trolls, d’où ça vient selon vous ? Ca se calme un peu j’ai l’impression.

Oui, c’était surtout le cas quand nous avons déboulé de nulle part avec notre premier LP. Ca faisait déjà quelques temps que la scène « Post Black » était hype et donc, forcément, nous avons été traités d’opportunistes. Mais ça restait quand même en marge de tous les avis très positifs que nous avions déjà. Avec « Exile » le deuxième LP, on a naturellement pris une orientation black, plus extrême, ça a notamment prouvé que nous n’étions pas un phénomène éphémère venu que pour la « pose »… Non, comme je te l’ai dit, nous sommes des passionnés de musique, c’est notre raison d’être. C’est viscéral. Si notre musique est aussi sombre, habitée, mélancolique, c’est parce qu’elle reflète ce que je suis, ce que nous sommes. C’est très classiquement notre échappatoire.

Ces critiques se sont tues aujourd’hui. Mais t’auras toujours des trve ou des rageux pour nous troller. Aucun groupe, aucune musique ne fait l’unanimité ! Mais ce n’est pas parce que « Exil » a été selon nous une réussite que nous nous reposons sur nos lauriers. Tout sera remis en cause pour notre 3ème LP. En musique, tout va très vite. Ton statut peut très vite changer si tu sors un mauvais album… Mais en attendant, je répondrais juste au haters : vous êtes dans votre jalousie, on est dans notre jacuzzi. Haha !

Vous nous avez préparé une mixtape, merci, c’est gentil, y’a quoi dedans ?

Du bruit, essentiellement, haha ! Plus sérieusement, on s’est rendus compte que nous avions essentiellement mis des groupes qui ont forgé les bases de notre culture « Metal ». Donc tu y trouveras des groupes cultes des 80’s, 90’s et 2000’s. Le mieux c’est d’écouter !

► TRACKLIST : 
01. DEATH « Left To Die »
02. SECRET OF THE MOON « Ghost »
03. KICKBACK « Sideshow »
04. ORANSSI PAZUZU « Hypnotisoitu Viharukous »
05. DRUDKH « Furrows Of Gods »
06. BURZUM « Burzum »
07. KRIEGSMASCHINE « Ascetism And Passion »
08. NEHEMAH « Taken away By The Torn Black Shroud »
09. ENVY « Chain Wandering Deeply »
10. CULT OF LUNA « Leave Me Here »
11. MY DYING BRIDE « Catherine Blake »
12. ANOREXIA NERVOSA « The Shining »
13. DISSECTION « Night’s Blood »
14. DEATHSPELL OMEGA « Abscission »
15. EMPEROR « Inno A Satana »
16. CANNIBAL CORPSE « From Skin To Liquid »
17. SLAYER « Spill The Blood »
18. HATE ETERNAL « Servants Of The Gods »
19. MORBID ANGEL « He Who Sleeps »
20. DEAD CONGREGATION « Only Ashes Remain »
21. CONVERGE « Jane Doe »
22. SIGUR ROS « Untitled 8 »
23. SLAYER « Fight Until The Death »